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Les jeunes homosexuel/les 

La question du suicide des jeunes homosexuel/les et bisexuelles doit être abordée avec prudence, car elle peut entraîner des effets contre-productifs et présenter des risques de victimisation ou de stigmatisation. Vladimir Martens, directeur de l'Observatoire du sida et des sexualités des Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles, a eu l'opportunité de soulever cette question lors de la Table ronde consacrée à la  prévention du suicide chez les jeunes qui s'est tenue au Cabinet de la Ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Egalité des chances de la Communauté française de Belgique en octobre 2010. Certaines des informations développées ici, proviennent de documents présentés lors de cette table ronde.

 

Depuis 1990, les études les plus probantes ont permis de démontrer que les homosexuel/les, et plus particulièrement les jeunes, présentaient un risque de tentative de suicide plus important que les hétérosexuel/les. Ce risque différentiel est de 2 à 7 fois plus élevé chez les homo- ou bisexuels. Cela serait dû au fait que la norme de la masculinité exerce généralement une pression particulièrement forte auprès des garçons lors de l'adolescence, tandis que la norme de la féminité s'imposerait aux filles plus tard, au moment de la mise en couple et de la maternité.

En France

  • Dans le Baromètre santé 2005 publié par l'INPES, les répondants homo- et bisexuels des deux sexes ont été appariés avec leurs homologues hétérosexuels afin de comparer les taux de pensées suicidaires et de tentatives de suicide.
  • La prévalence des pensées suicidaires dans l'année est de 12,9% chez les hommes homo- et bisexuels, et de 4,7% chez les femmes homo- et bisexuelles. La différence par rapport au groupe apparié (hétérosexuel) est statistiquement significative pour les hommes (12,9% vs 6,7%), mais ne l'est pas pour les femmes (4,7% vs 3,5%).
  • En ce qui concerne la prévalence des tentatives de suicide, 10% des hommes homo- et bisexuels et 10,5 % des femmes homo- et bisexuelles déclarent en avoir fait au moins une durant leur vie. La différence par rapport au groupe apparié est statistiquement significative pour les hommes (10,0% vs 3,0%), mais ne l'est pas pour les femmes (10,5% vs 5,9%).
  • Les jeunes homo- et bisexuels seraient plus à risque, surtout les jeunes garçons. Ils représentent 6% de la population masculine et ils constituent 50% de l'ensemble des garçons décédés par suicide pour la même tranche d'âge. (Kallert-Courtet, "Orientation sexuelle et identité du genre", Flammarion, 2010)
  • Selon l'enquête "Press Gay" (2004) menée par l'Institut de Veille Sanitaire auprès d'un échantillon d'homosexuels masculins, un tiers des répondants âgés de moins de 20 ans déclare avoir fait au moins une tentative de suicide. L'âge médian de la première tentative de suicide chez les jeunes hommes est de 16 ans. La plupart des tentatives de suicide sont observées avant 25 ans.

Aux Etats-Unis

  • Selon plusieurs études américaines, le risque de suicide des jeunes homosexuels est de 2 à 7 fois plus élevé que chez les jeunes hétérosexuels.

Bien sûr, comme pour toute personne, quelles que soient les orientations sexuelles et le mode de vie, le risque suicidaire chez les jeunes n'est pas exempt d'autres facteurs qui pourraient interagir entre eux: maladies graves, instabilité familiale, maltraitance ou sévices durant l'enfance, consommation de produits psychoactifs… Toutefois, des travaux récents ont démontré que l'homophobie, la non- conformité de genre et le harcèlement apparaissaient comme étant les principaux déterminants de passage à l'acte. L'homosexualité en elle-même n'est pas la cause du risque élevé de suicide; il s'agit plutôt de la confrontation d'un individu homo- ou bisexuel à la norme hétérosexuelle à laquelle il ne se conforme pas.

Par ailleurs, des phénomènes tels que l'exclusion, le mépris et la stigmatisation peuvent aussi provoquer une perte d'estime de soi, une perte de confiance dans l'avenir et dans les autres. Cela peut conduire à une grande détresse favorisant ainsi les symptômes suicidaires. Les jeunes se trouvent surexposés à des agressions insidieuses (mots blessants); ils sont victimes d'actes homophobes de la part des élèves, et parfois aussi de la part des enseignants, simplement en étant indifférent aux agressions. Ces préjudices se révèlent particulièrement précoces et souvent dans un contexte où il y a absence de soutien familial. 

En Belgique, ainsi que dans d'autres pays européens,  la situation des homosexuel/les a connu de nombreuses avancées, mais des données d'enquêtes montrent que leur situation quotidienne reste difficile à vivre pour une part non négligeable d'entre eux, et particulièrement pour les jeunes. 

Cependant, des travaux ont permis de démontrer que les programmes de sensibilisation permettaient de diminuer le risque suicidaire. Ces programmes doivent promouvoir le respect, combattre les discriminations de toutes natures. Ils doivent  soutenir les espaces d'expression afin d'offrir aux jeunes les moyens d'exprimer leur mal-être. Ils doivent former et sensibiliser les professionnels de différents champs (éducatif, sanitaire, social – en particulier le secteur de l’aide sociale à l’enfance –, judiciaire, policier et pénitentiaire). Enfin, ils doivent améliorer les connaissances sur ce sujet notamment à travers la mise en oeuvre de recherches.

Pour en savoir plus sur le sujet, nous vous proposons de consulter l'ouvrage 'Les minorités sexuelles face au risque suicidaire', des éditions de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES), qui traite spécifiquement de la question du suicide chez les jeunes homosexuels/les.

Un guide pédagogique, conçu en Communauté francaise de Belgique, propose également aux professionnels de l´enseignement des informations et des pistes d´activités pédagogiques. Celles-ci ont pour objectif de contribuer au développement d´un milieu scolaire davantage respectueux de la diversité sexuelle. Ce guide aborde le problème de l´homophobie et présente des stratégies et des moyens pour la combattre.

L'émission 'Envoyé Spécial' sur France2, diffusée le 6 janvier 2011, a aussi consacré un reportage sur la question de l'homosexualité à l'adolescence. Ce reportage, de Mathilde Pasinetti et Valérie Lucas, a permis de suivre plusieurs adolescents homosexuels/les et  de découvrir la difficulté liée au coming out dans cette période où l’adolescent est déjà fragile. Comment vivent-ils aujourd’hui leur homosexualité? Quelle a été la réaction de leurs parents le jour où ils ont annoncé qu’ils étaient gays ou lesbiennes?